Concilier études et sport de haut niveau n’est pas chose facile. Ce l’est encore moins lorsque vous étudiez en médecine. C’est ce qu’ont pourtant fait une dizaine d’athlètes suivis par Sportcom au cours des dix dernières années, dont Christelle Doyon (surf des neiges), Btissama Essadiqi (karaté), Marie-Pierre Gagné (nage synchronisée), Geneviève Gaudreau (voile), Mathilde Hupin (paracyclisme), Sébastien Laflamme (triathlon), Marie-Christine Roussy (tennis de table), Mathieu Toulouse (vélo de montagne) et Maryse Turcotte (haltérophilie).
Dans le cadre de la série de textes consacrés aux 10 ans de Sportcom, nous avons recueilli les impressions de trois anciens athlètes devenus aujourd’hui médecins : Mathilde Hupin (orthopédie pédiatrique), Marie-Christine Roussy (pédiatrie) et Sébastien Laflamme (médecine familiale).
Les livres sur le guidon
Mathilde Hupin a fait ses classes en vélo de montagne sur la scène nationale et internationale avant de concentrer ses efforts en paracyclisme, où elle a été la pilote du tandem de l’athlète non-voyante Geneviève Ouellet. Le duo a d’ailleurs décroché une médaille de bronze à la course en ligne aux Jeux paralympiques de Pékin, en 2008.
Presque quatre ans plus tard, elle en est à sa quatrième et avant-dernière année de résidence en orthopédie. Par la suite, elle compte faire une surspécialité de deux ans en orthopédie pédiatrique.
Mathilde est une abonnée du sport-études depuis l’école secondaire. « C’est une discipline que j’ai acquise au fil des ans. J’ai souvent fait des entraînements de deux heures et demie de vélo stationnaire en lisant mes livres d’école. Je sais que ce n’était pas aussi efficace que si j’avais fait mes lectures assise, mais c’était une première lecture, alors c’était déjà bon. »
En ayant un horaire aussi chargé, aller rouler à l’extérieur était plus rare, même si son sport se pratiquait principalement sur la route.
« Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis entraînée à 21 h pour faire des intervalles après mes stages. C’était une des parties les plus difficiles, car travailler de 8 à 20 h, c’est plus exigeant. Ça faisait partie de mon rythme de vie », poursuit celle qui a fait ses quarts de garde aux hôpitaux Sainte-Justine, Sacré-Cœur et Maisonneuve. « Quand j’ai commencé ma résidence, j’avais beaucoup plus de responsabilités. Une fois rendue dans ma spécialité, je ne voulais pas faire les choses à moitié, car j’ai la vie des gens entre mes mains. »
Son conjoint Martin Gilbert était bien au fait de son rythme de vie effréné, étant étudiant en pharmacie et coureur cycliste au sein de la formation Spidertech-C10.
Sportive de jour, étudiante de soir
Olympienne des Jeux de Sydney et d’Athènes, Marie-Chistine Roussy, a elle aussi su mettre en place une grande discipline dans son horaire à un jeune âge.
« J’étais très organisée. Afin de poursuivre dans le sport, j’ai fait mon Cégep en deux ans et demi. Une fois à l’université, j’avais des cours le matin et je pouvais aller m’entraîner l’après-midi et ensuite étudier le soir », explique celle qui est en congé de maternité pour s’occuper de la petite Juliette, âgée de 7 mois.
L’ancienne pongiste se dit certaine d’avoir développé des qualités dans son sport qui lui sont utiles aujourd’hui. La principale différence est plutôt dans les conséquences en cas d’erreur.
« Si je ratais mon coup dans mon sport, ce n’était pas la fin du monde. Aujourd’hui, si je traite un enfant qui ne guérit pas, c’est bien différent. Ce que j’aime dans mon métier, c’est le travail d’équipe, ainsi que les contacts avec les enfants et leurs parents », soutient Marie-Christine, qui sera officiellement pédiatre d’ici un an.
De triathlonien à médecin et… papa quatre fois!
Déjà bachelier en éducation physique et en physiothérapie, l’ancien triathlonien Sébastien Laflamme a poursuivi ses études et est maintenant médecin de famille à l’Hôpital de Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix, où il demeure avec sa conjointe et leurs quatre enfants, âgés de 20 mois à 6 ans.
Dès son entrée à la faculté de médecine de l’Université Laval, il y a 10 ans, Sébastien savait que ses années d’athlète de haut niveau étaient comptées. Cela ne l’a toutefois pas empêché de continuer à participer à des épreuves internationales jusqu’en 2004.
« Mon après-carrière a toujours été une priorité pour moi. Une fois que j’étais en médecine, je pouvais m’entraîner en natation et en course à pied. C’était un peu plus un casse-tête pour le vélo une fois que j’ai commencé à faire des stages », indique Laflamme, qui a participé à quelques Championnats du monde pendant sa carrière. « La saison de compétition était longue, alors je pouvais quand même être en bonne forme pour les courses en juin et viser un autre peak à l’automne. »
Malgré sa nombreuse progéniture, Sébastien trouve toujours le temps pour s’entraîner sur une base quotidienne, que ce soit en vélo, course à pied, ski de fond ou vélo de montagne. D’ailleurs, il dit s’inspirer de Pierre Harvey, qui demeure toujours aussi actif même s’il a passé le cap de la cinquantaine.
« Quelques amis et moi, qui avons fait du triathlon ensemble, continuons à nous entraîner à l’occasion, en plus de participer à des compétitions dans divers sports. Je suis toujours un accro de l’entraînement et je ne peux pas passer une journée sans m’entraîner. Le sport m’a permis d’avoir une discipline de vie à force de me fixer des objectifs. Cela me sert dans la vie de tous les jours et je tiens à transmettre ces valeurs à mes enfants. »
Rédaction : Mathieu Laberge (Sportcom)